La République démocratique du Congo (RDC) abrite près de 60 % des forêts du bassin du Congo, la deuxième plus grande forêt tropicale du monde après l'Amazonie. Véritable trésor écologique, cette forêt joue un rôle essentiel dans la régulation du climat mondial, abrite une biodiversité exceptionnelle et constitue une source de subsistance pour des millions de Congolais.
Pourtant, malgré les discours ambitieux des conférences internationales sur le climat (COP), la protection de cette forêt se heurte à une réalité préoccupante : les financements réellement versés restent très inférieurs aux besoins.
Une forêt d'importance mondiale
Le bassin du Congo est aujourd'hui reconnu comme le plus grand puits net de carbone tropical de la planète. En absorbant d'importantes quantités de dioxyde de carbone (CO₂), il contribue directement à ralentir le réchauffement climatique. Sa préservation est donc un enjeu qui dépasse largement les frontières de la RDC.
Pourtant, la forêt congolaise continue de disparaître sous l'effet de l'agriculture itinérante, de la production de charbon de bois, de l'exploitation forestière, de l'exploitation minière, de l'urbanisation et des infrastructures. À ces pressions s'ajoutent une forte croissance démographique et le manque d'alternatives économiques pour les populations vivant en milieu rural.
Les grandes promesses des COP
Depuis l'Accord de Paris de 2015, les conférences des Nations unies sur le climat multiplient les engagements en faveur des forêts tropicales.
Lors de la COP26 à Glasgow, plus de 140 pays se sont engagés à mettre fin à la déforestation d'ici 2030. En parallèle, près de 19,2 milliards de dollars de financements publics et privés ont été annoncés pour soutenir la protection des forêts à l'échelle mondiale.
Ces annonces ont suscité beaucoup d'espoir en RDC. Cependant, ces milliards ne sont pas destinés exclusivement au bassin du Congo. Ils doivent être répartis entre plusieurs continents, plusieurs pays et de nombreux programmes de conservation.
La RDC reçoit-elle réellement ces financements ?
La réponse est oui, mais dans des proportions très limitées.
Le 6 juin 2025, la Banque mondiale a confirmé que la RDC avait reçu 19,47 millions de dollars dans le cadre du Forest Carbon Partnership Facility (FCPF). Ce paiement récompense la réduction vérifiée de 3,89 millions de tonnes d'émissions de CO₂ grâce aux efforts de protection et de restauration des forêts dans la province du Maï-Ndombe. Il s'agit du premier versement d'un accord pouvant atteindre 55 millions de dollars si les objectifs futurs sont atteints.
Cette somme constitue une avancée importante, mais elle illustre aussi les limites du système actuel.
Les 19,47 millions de dollars concernent un seul programme, dans une seule province, et sont versés uniquement après vérification des résultats obtenus. Ils ne représentent pas un financement global de la protection de la forêt congolaise, ni la concrétisation des milliards annoncés lors des COP.
Des besoins bien supérieurs aux financements disponibles
Préserver le bassin du Congo nécessite des investissements de plusieurs milliards de dollars sur le long terme.
Il faut financer la surveillance des forêts, lutter contre l'exploitation illégale, développer des alternatives au charbon de bois, améliorer la productivité agricole, soutenir les communautés locales, renforcer les administrations et créer des emplois durables.
Or, les financements internationaux sont souvent :
- annoncés plusieurs années avant leur décaissement ;
- soumis à des procédures administratives complexes ;
- conditionnés à des résultats déjà obtenus ;
- répartis entre de nombreux pays bénéficiaires.
Autrement dit, la RDC doit souvent engager des efforts de conservation avant même de recevoir une compensation financière.
Une responsabilité mondiale
La forêt congolaise rend un service environnemental à l'ensemble de la planète. Pourtant, le coût de sa protection repose principalement sur la RDC, un pays dont les émissions historiques de gaz à effet de serre sont très faibles comparées à celles des grandes puissances industrielles.
Cette situation soulève une question de justice climatique : peut-on demander à un pays en développement de protéger une ressource essentielle pour l'humanité sans lui fournir des moyens financiers à la hauteur de cette responsabilité ?
Les paiements récemment reçus montrent que les mécanismes internationaux commencent à produire des résultats. Mais ils restent largement insuffisants pour répondre aux défis auxquels fait face la RDC.
Transformer les promesses en actions
La protection du bassin du Congo ne dépendra pas uniquement de nouvelles déclarations lors des prochaines COP.
Elle nécessitera des financements plus importants, plus prévisibles, rapidement décaissés et directement accessibles aux communautés locales, qui sont les premières gardiennes de la forêt.
Préserver la forêt Congolaise n'est pas seulement un enjeu national. C'est un investissement pour la stabilité du climat mondial, la biodiversité et les générations futures.
Les promesses internationales ne manqueront jamais d'ambition. Ce qui manque encore, c'est leur traduction en financements à la hauteur de la valeur irremplaçable de la forêt du bassin du Congo.
Sources
Banque mondiale (2025) – La RDC reçoit 19,47 millions de dollars pour la réduction des émissions liées à la déforestation (Maï-Ndombe). [Communiqué officiel de la Banque mondiale](https://www.banquemondiale.org/fr/news/press-release/2025/06/06/drc-afe-communities-set-to-benefit-as-country-receives-19-47-million-for-reducing-deforestation-emissions?utm_source=chatgpt.com)
Banque mondiale (2026) – Congo Basin Countries Forge Strategic Path to Carbon Markets with Roadmaps to Monetize Forest Wealth. [Rapport Banque mondiale sur le bassin du Congo](https://www.worldbank.org/en/news/press-release/2026/02/23/congo-basin-countries-forge-strategic-path-to-carbon-markets-with-roadmaps-to-monetize-forest-wealth?utm_source=chatgpt.com)
[Forest Carbon Partnership Facility (FCPF)](https://www.forestcarbonpartnership.org?utm_source=chatgpt.com) – Mécanisme international de paiements fondés sur les résultats pour la réduction des émissions liées à la déforestation.
[Déclaration des dirigeants de Glasgow sur les forêts et l'utilisation des terres (COP26)](https://ukcop26.org/glasgow-leaders-declaration-on-forests-and-land-use/?utm_source=chatgpt.com) – Engagement international visant à mettre fin à la déforestation d'ici 2030.

